MALTE WOYDT

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Amours

“S’aimer aujourd’hui ce n’est pas regarder ensemble dans la même direction, car les partenaires ont la vue de plus en plus basse : L’amour n’est pas aveugle, l’amour est myope ; il ne voit pas plus loin que le bout de son nez, et se refuse même, de manière presque superstitieuse, à faire des projets à trop long terme. …

Les conjoints dits modernes … répriment d’autant moins les caprices de l’amour qu’ils ne sont plus des associés, et ne dépendent pas l’un de l’autre pour assurer leur propre survie. Avec la généralisation du salariat, les couples ont cessé de se vouer à la protection et à l’agrandissement du patrimoine familial. Il suffisait, d’autre part, que les femmes accèdent en masse à l’indépendance économique pour qu’amour et toujours ne riment plus automatiquement. …

Nous vieillissons sans mûrir, car nos amours ne nous apprennent rien ; nulle éducation sentimentale ne couronne jamais leur succession confuse. …

Jadis toutes les histoires d’amour naissaient du conflit entre le couple et la collectivité; aujourd’hui c’est la figure du Désastre (maladie ou accident) qui, dans nos romances tristes, remplace celle du Conflit. Car nous avons changé de monde : une aventure sentimentale supposait trois protagonistes : Roméo, Juliette et les Autres. Seuls désormais les soupirants restent en présence. Sauf cas exceptionnel, sauf anachronisme flagrant, les Autres n’ont plus assez de puissance ou de cohésion pour s’intégrer au drame et jouer un rôle décisif dans la liaison qui se noue. …

Maintenant que l’approche amoureuse échappe à la supervision collective, l’étiquette s’est simplifiée, la drague … n’a plus qu’un destinataire. Pesait sur les amours anciennes, la cruauté des calculs familiaux; une autre cruauté préside à la drague … Le ‘non‘ qu’ils subissent est d’autant plus cuisant qu’ils ne peuvent s’en décharger sur une instance extérieur. …

Personne ne nous force à rester chez nous, notre séjour n’y est pas répressif, mais quotidien – dicté simultanément par le plaisir d’être avec qui l’on aime, par la fatigue, le confort, la peur frileuse du crime et du dehors, la nuit, ou même le charme insidieux de la télévision. Ce sont des forces hétérogènes qui ont promu le chez-soi au centre de notre vie. Il reste qu’un jour, peut-être, on ne dira plus vie conjugale, car cette expression fera pléonasme.”

aus: Bruckner, Pascal / Finkielkraut, Alain: Au coin de la rue, l’aventure. Paris: Seuil 1979, S.87-93.

10/04

05/10/2007 (0:20) Schlagworte: FR,Lesebuch ::

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