MALTE WOYDT

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Ville 2

“Partout la ville … éclate …, cette forme sociale admirable, cette oeuvre par excellence de la praxis et de la civilisation, se défait et se refait sous nos yeux. … La ville empêche les puissances de manipuler à leur gré les citadins-citoyens, individus, groupes, corps. … Tantôt l’Etat, tantôt l’entreprise, tantôt les deux … tendent à accaparer les fonctions, attributs, prérogatives de la société urbaine. …

Et cependant, sur ce fondement qui s’ébranle, la société urbaine et l”urbain’ persistent et même s’intensifient. … La forme de l’urbain, sa raison suprême, à savoir la simultanéité et la rencontre, ne peuvent disparaître. … En même temps que lieu des rencontres, convergence des communications et informations, l’urbain devient ce qu’il fut toujours : lieu de désir, déséquilibre permanent, siège de la dissolution des normalités et contraintes, moment du ludique et de l’imprévisible. …

La ville historiquement formée ne se vit plus, ne se saisit plus pratiquement. Ce n’est plus qu’un objet de consommation culturelle pour les touristes, pour l’esthétisme avides de spectacles et de pittoresque. Même pour ceux qui cherchent à la comprendre chaleureusement, la ville est morte. …

Impossible d’envisager la reconstruction de la ville ancienne, mais seulement la construction d’une nouvelle ville. … La vie urbaine n’a pas encore commencé. Nous achevons aujourd’hui l’inventaire des débris d’une société millénaire dans laquelle la campagne a dominé la ville, dont les idées et ‘valeurs‘, les tabous et les prescriptions, étaient pour une grande part d’origine agraire, à dominante rurale et ‘naturelle’. Des cités sporadiques émergeaient à peine de l’océan campagnard. …

Que la ville redevienne ce qu’elle fut : acte et oeuvre d’une pensée complexe, qui ne le souhaiterait? Mais l’on se maintient ainsi au niveau des voeux et aspirations et l’on de détermine pas une stratégie urbaine. …

Le droit à la ville s’annonce comme appel, comme exigence. Par des détours surprenants – la nostalgie, le tourisme, le retour vers le coeur de la ville traditionelle, l’appel des centralités existentes ou nouvellement élaborées – ce droit chemine lentement. … Le droit à la ville ne peut se concevoir comme un simple droit de visite ou de retour vers les villes traditionelles. il ne peut se formuler que comme droit à la vie urbaine, transformée, renouvelée. … La société urbaine dont s’expose ici la possibilité ne peut se contenter des centralisées passées …

D’où tirer le principe du rassemblement et son contenu? Du ludique. … Que la société dite de consommation esquisse cette direction, cela ne fait aucun doute. … Il s’agit donc seulement de donner forme à cette tendance, encore soumise à la production industrielle et commerciale de culture et de loisirs …”

aus: Henri Lefebvre: Le Droit à la Ville. Paris: Anthropos 1968, S. 84, 86, 90, 91, 117, 120, 125, 132.

09/16

11/09/2016 (15:10) Schlagworte: FR,Lesebuch ::

Participation

“Dans la pratique, l’idéologie de la participation permet d’obtenir au moindre prix l’acquiescement des gens intéressés et concernés. Après un simulacre plus ou moins poussé d’information et d’activité sociale, ils rentrent dans leur tranquille passivité, dans leur retraite. N’est-il pas clair que la participation réelle et active porte déjà un nom. Elle se nomme auto-gestion.”

aus: Henri Lefebvre: Le Droit à la Ville. Paris: Anthropos 1968, S. 113.

09/16

11/09/2016 (13:09) Schlagworte: FR,Lesebuch ::

Espace

“L’urbanisme comme idéologie formule tous les problèmes de la société en questions d’espace. … Puisque la société ne fonctionne pas d’une manière satisfaisante, n’y aurait-il pas une pathologie de l’espace? Dans cette perspective, on ne conçoit pas la priorité … de l’espace sur le temps comme indice de pathologie sociale : comme symptôme parmi d’autres d’une réalité qui engendre des maladies sociales. … Médecin de l’espace, … [l’urbaniste] aurait la capacité de concevoir un espace social harmonieux, normal et normalisant. …”

aus: Henri Lefebvre: Le Droit à la Ville. Paris: Anthropos 1968, S. 50.

09/16

11/09/2016 (12:55) Schlagworte: FR,Lesebuch ::

Urbanisme

“… On distinguera donc:

a) l’urbanisme des hommes de bonne volonté. … On veut construire immeubles et villes ‘à l’échelle humaine’, ‘à sa mesure’, sans concevoir que dans le monde moderne ‘l’homme’ a changé d’échelle et que la mesure d’autrefois (village, cité) se transforme en démesure. …

b) l’urbanisme des administrateurs liés au secteur public (étatique) … à travers [leur] science [scientisme], une technique prend le dessus et devient le point de départ: c’est généralement une technique de circulation … On extrapole à partir d’une science, d’une analyse fragmentaire de la réalité considerée. … Cet urbanisme technocratique et systématisé … n’hésiterait pas à raser ce qui reste de la Ville pour laisser place aux voitures. …

c) l’urbanisme des promoteurs. Ils conçoivent et réalisent, sans le dissimuler, pour le marché, en vue du profit. Le nouveau, le récent, c’est qu’ils ne vendent plus du logement ou de l’immeuble, mais de l’urbanisme. … La publicité y devient idéologie. Parly II ‘fait naître un nouvel art de vivre‘, un ‘nouveau style de vie’. La quotidienneté ressemble à un conte de fée. …

A travers les diverses tendances s’esquisse une stratégie globale …: la ville renouvelée. ils imposeront en la rendant ‘lisible” une idéologie du bonheur par la consommation, la joie par l’urbanisme … La consommation programmée et cybernétisée (prévue par les computeurs) deviendra règle et norme pour la société entière. D’autres édifiront les centres décisionnels, concentrant les moyens de la puissance : information, formation, organisation, opération. Ou encore: répression … et persuasion … Autour de ces centres se répertiront sur le terrain, en ordre dispersé, selon les normes et contrastes prévues, les périphéries, l’urbanisation désurbanisée.

Toute les conditions se réunissent ainsi pour une domination parfaite, pour une exploitation raffinée des gens, à la fois comme producteurs, comme consommateurs de produits, comme consommateurs d’espace.”

aus: Henri Lefebvre: Le Droit à la Ville. Paris: Anthropos 1968, S. 29-31.

09/16

11/09/2016 (12:46) Schlagworte: FR,Lesebuch ::

Commencer

“… il n’est point vrai que l’œuvre de l’homme est finie
que nous n’avons rien à faire au monde
que nous parasitons le monde
qu’il suffit que nous nous mettions au pas du monde
mais l’œuvre de l’homme vient seulement de commencer
et il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur
et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l’intelligence et de la force …”

aus: Césaire: Cahier d’un retour. bei Wikiquote…

08/16

29/08/2016 (21:23) Schlagworte: FR,Lesebuch ::

Nuit debout

“… Bref : qui peut se représenter ses intérêts particuliers comme les intérêts du « peuple » ? Ce sont évidemment ceux que l’on retrouve sur les places : les individus de la petite bourgeoisie blanche urbaine appartenant souvent à la fonction publique ou aux milieux culturels et étudiants. Ces individus, très situés dans le monde social, incarnent la norme abstraite sur laquelle la citoyenneté républicaine est construite. Ils sont donc prédisposés à se voir comme exprimant « la » citoyenneté et « la » république. Lorsqu’ils font quelque chose, c’est pour eux « le peuple » qui fait quelque chose. Lorsqu’ils se rassemblent, ce n’est pas un groupe spécifique qui se rassemble : c’est le « commun » qui émerge… C’est ce qui explique pourquoi le mouvement s’est fondé sur l’idée irresponsable selon laquelle il ne fallait rien revendiquer ou que revendiquer c’était se soumettre. On pourrait presque se risquer à dire que font partie de ce mouvement des gens qui n’ont rien à revendiquer parce qu’ils ne manquent de rien, et qui n’ont donc rien à demander si ce n’est « la fin du système ».

Une scène politique organisée autour des catégories de « commun », de « République sociale », de « souveraineté populaire » ne peut pas ne pas produire l’exclusion de celles et ceux qui ne peuvent à l’inverse que se penser comme membre d’un groupe particulier : les ouvriers, les chômeurs, les paysans, les précaires, les noirs, les arabes, les musulmans, les juifs, les gays et lesbiennes, les prisonniers, les sans-papiers, etc. Car lorsqu’ils se mobilisent, ces individus qui vivent ces expériences d’oppression veulent affirmer un intérêt particulier, revendiquer quelque chose, dire que quelque chose ne va pas. Ils ne veulent pas créer du commun mais fracturer le monde. …

D’où les scènes d’incompréhension que l’on a observé entre la Nuit debout et les quartiers nord de Marseille, ou entre nuit debout et les syndicats. …”

aus: Geoffroy de Lagasnerie: D’Occupy à Nuit Debout : l’inconscient politique du mouvement des places. Le Monde 28.4.16 und auf dem Blog des Autors.

07/16

04/07/2016 (21:22) Schlagworte: FR,Lesebuch ::

Nihilisme

“Que nous apprend le djihad, sous la forme infâme qu’on lui connaît aujourd’hui? Qu’il existe un nihilisme musulman comme il existait un nihilisme chrétien … Par ‘nihilisme’ il ne faut pas entendre la disparition des valeurs ou la mort de la croyance, mais au contraire l’érection de valeurs absolues, divertissantes, destinées à combler le désarroi d’une conscience avisée que le néant l’attend. Le nihilisme n’est pas de ne croire en rien, mais de recouvrir sa propre incrédulité par des certitudes dont la violence renseigne sur l’impiété qui les anime. …

‘Le besoin d’une foi puissante, écrit [Nietzsche] …, n’est pas la preuve d’une foi puissante, c’est le contraire.’ Dire à l’intégriste qu’il a tort de croire comme il croit, est inutile parce qu’il le sait déjà, sinon il ne ‘croirait’ pas de cette façon. Le problème du fanatique, c’est son impiété, soit le sentiment que Dieu est suffisament misérable pour avoir besoin de son aide. …”

aus: Raphaël Enthoven: “Le choc des valeurs? Un dialogue de sourds”. Interview durch Béatrice Delvaux.Le Soir 9/10.1.2016

05/16

23/05/2016 (14:30) Schlagworte: FR,Lesebuch ::

Piétonnier (à Bxl)

Il faut surtout laisser le piétonnier, l’aménager et successivement agrandir! Il est genial! Cette impression d’espace, de grandeur, de convivialité!

A qui la faute si ce serait vrai qu’l y a moins de monde dans les commerces?

  • A la majorité communale, qui annoncait cinq parkings souterains en plus d’ici quelques années, ce qui laissait faussement croire qu’il n’y avait pas assez des places dans les parkings existants (et toujours à moitié vides).
  • Aux commercants qui ont crée eux-même l’impression chez leurs clients potentiels que leurs magasins ne seront plus accessibles, alors que la grande majorité des magasins reste aussi accessible qu’avant.
  • Aux habitants qui ont crié qu’on allait avoir des embouteillages monstres sans jamais se corriger quand on a vu que ce n’était pas le cas.
  • Aux snobs qui se declarent dégoutés de la présence des sans-abris au piétonnier alors que ceux-là ont toujours été là.
  • Aux associations qui vont en guerre contre l’embourgéoisement et la commercialisation du grand boulevard alors que d’un c’était ca une de ses fonctions dès sa construction en 1870 et de deux que ce n’est pas du tout sur que tout les rêves qu’ont certains édiles dans ce sens vont vraiment se réaliser.

Malte Woydt, pour un forum en ligne du Soir, 20.4.16

20/04/2016 (16:37) Schlagworte: FR,Notizbuch ::

Producérisme

“‘Le producérisme est une des structures les plus élémentaires du récit populiste aux États-Unis. Le producérisme évoque l’existence d’une classe moyenne noble et laborieuse constamment en conflit avec des parasites malveillants, paresseux et coupables au sommet et au pied de l’ordre social. Les personnages et les détails ont changé de facon répétée, mais les grandes caractéristiques de cette conception des choses sont restées les mêmes pendant près de deux cents ans’ …

Les parasites d’en haut correspondent, à quelques exceptions près, aux élites telles qu’elles ont représentées dans de multiples discours populistes en Europe et dans le monde: ‘les capitalistes’ chez Chavez, les ‘mondialistes‘ chez un Le Pen, les ‘bureaucrates et es juges’ chez un Berlusconi, les ‘responsables de mutuelle et les syndicalistes corrompus’ chez une Thatcher, ‘la Flandre qui paye pour un État PS’ à la NV-A, etc. Les parasites d’en bas pour leur part, renvoient à une ‘clique’ des paresseux qui profitent du système : les étrangers, les immigrés, les bénéficiaires de l’aide sociale, les chômeurs et les ‘faux’ chômeurs, mais aussi les ‘asociaux’ en tous genres qui profitent également des ressources de l’État : les artistes ‘subsidiés’, les homosexuels, les militants pour l’avortement, les feministes, les organisations laiques, etc. …

La rhétorique producériste entretien l’idée qu’il existe une solidarité, ou à défaut une sorte de connivence ou d’accord tacite, entre le ‘parasites’ d’en haut et les ‘parasites’ d’en bas. …

Le modèle producériste … peut fonctionner en dehors de tous les radicalismes condamnés par la loi, notamment le racisme, l’antisemitisme et la xénophobie. … Le producérisme glorifie es discriminations mais habilement, en fonction de critéres qui ne sont pa interdits par la loi et qui à bien des égards sont même au coeur du libéralisme : le merite, le courage, l’intelligence, la responsabilité etc. Tout ce qui précède apparaît de facon récurrente dans le discours de la N-VA et se décline de facon cohérente au niveau de la solidarité, de l’économie, de l’emploi, de la gestion du chômage, des enjeux régionaux et même de l’identité flamande.”

aus: Jérôme Jamn: Essai sur ‘idéologie de la Nieuw-Vlaamse Alliantie, in: Outre Terre 40, 07-09/2014, S, 100-102, erster Absatz seinerseits Zitat aus: Chip Berlet / Matthew N. Lyons: Right-Wing Populism in America, New York: Guildford 2000, S.348-349.

01/16

30/01/2016 (21:58) Schlagworte: FR,Lesebuch,Uncategorized ::

Haine identitaire

“Le concept juste est ici la haine identitaire, la haine de l’origine, et non pas le ‘racisme‘. … Cette haine peut s’appuyer sur toute forme d’origine : biologique, ethnique, familiale, culturelle, linguistique, historique, géographique… … C’est un mode d’être haineux, un recours à la haine pour pouvoir exister.” 16

“… il y a des gens qui soudain manquent d’appui pour exister et qui, au lieu de basculer dans la déprime, se mettent à haïr celui dont ils pensent qu’il a cette appui, qu’il le leur a peut-être pris, ou volé; et dans cette haine, ils trouvent l’appui qui leur manquait pour exister. … Cette haine devient collective par un surcoît d”amour‘: on aime être ensemble à haïr le même objet. … L’abus, ce n’est pas de ‘généraliser’, c’est de haïr l’autre dans son essence, son concept, son origine.” 8

“… Le ‘racisme‘, c’est l’exclusion haineuse. On croit le réfuter en mettant le phobique-haineux en contradiction avec lui-même; il sera secoué qu’il devra regagner la voie de la raison. Or la peur et la haine c’est ce qui lui sert à combler les trous de la raison. …” 20

“… Inutile, d’entasser des raisons contre; il s’agit d’un point de folie de la raison … ‘Mais quelle raison avez-vous de haïr ces gens là? – Aucune. … – Mais d’ameuter contre eux, cela vous donne quoi? – Cela m’excite, et libère mon énergie; cela me fait exister; quoi de mieux? …’

“En un sens, le ‘racisme’, dans ses formes modernes, est une volonté pathétique de rationaliser l’identité; de la rationner, en vain, bien sûr; la soif et la peur identitaires n’ont jamais leur ratio; ou leur ration. En même temps, le ‘racisme’ refuse la rationalité – quand elle n’est pas la sienne. Un simple raisonnement ferait voler en éclats, comme foncièrement déraisonnables, toutes ses vues. Ainsi le ‘racisme’ est juste assez rationnel pour ne pas l’être: il se cramponne à une raison qui est la sienne et il ignore l’autre raison. Telle est sa passion narcissique. …” 33

“… Et dire d’un ton très chaud : ‘Mais on est frères, enfin !’ n’empêche pas que les frères s’entre-tuent. …” 30

“Pour certains, haïr l’autre – qui n’est pas du groupe, ou qui a une autre odeur – est une chose naturelle, normale.” 30

“… dans toute phobie ou haine de l’autre, il y a besoin de fixer l’autre, de l’encadrer … ” 18 “Quelqu’un qui vous exclut, vous inclut dans un cadre qu’il a défini pour vous à l’avance. Il déclare : vous êtes ceci ou cela ; ou bien : vous ne pouvez pas penser cela sachant que vous êtes dans tel cadre. Il veut vous réduire, vous couper de votre potentiel d’être, de vos racines d’avenir. …” 372

“… Les phobiques se lèvent et hurlent de peur dès que quelqu’un risque de ‘violer’ leur cadre. Car pour eux, le cadre c’est l’être même, et non une pause ou une scansion de l’appel d’être. S’ils fétichisent le cadre, s’ils sont prêts à tuer pour, c’est que le cadre c’est eux. Ils confondent le bien et la peur du ‘mal’. A la limite, cette phobie du potentiel d’être qui pousse à la réduire à ce-qui-est, à une valeur, un principe, un cadre, un bâtiment, un emblème, c’est cela qui fait mal, au prochain et à soi-même. Le mal c’est de se donner une origine fétiche en forme de ‘cadre’ et d’y rester ; ou de faire la même opération pour l’autre, pour les autres, pour les y enfermer.” 372

“… La haine identitaire suppose les diverses origines irréductibles entre elles, et irréductibles à une même origine (humaine, universelle…). …” 18

“Souvent, les ‘racistes’ sont des gens qui ont perdu contact avec leur origine, qui ne savent comment la retrouver; ils trouvent dans leur haine un support d’être qui remplace cette origine; qui leur en donne une autre, à la place, neuve et maniable.” 34

“Une identité est tolérante envers une autre si elle se sent plus forte … le remède serait que l’identité ambiante se sente assez sûre d’elle pour n’avoir pas besoin d’humilier la minorité. Certains naïfs croient calmer la majorité inquiète en faisant l’éloge des autres : ‘Mais enfin, ces gens (de la minorité) sont cultivés, intelligents… – C’est bien pour ça qu’ils sont dangereux, ils nous éclipsent! – Mais ils apprennent votre culture, vos traditions! – Justement! un jour ils vont nous en chasser, de notre culture!'” 30-32

“Enseigner la tolérance aux enfants est un problème. Il n’est pas sûr qu’ainsi on ne les mette pas en danger. … Leur apprendre à accéder à leur richesse les aiderait indirectement à être plus tolérants, c’est-à-dire plus résistants : si leur champ de l’Autre est assez vaste, aucun autre réel ne peut l’épuiser ; et eux seraient moins contraints de le fixer, ce ‘champ de l’Autre’, sur un homme ou sur un groupe – à haïr ou à exalter.” 38

La ligne de partage … est … entre ceux qui ont besoin de la haine identitaire comme d’un appui pour exister et ceux qui n’ont pas le besoin vital de cet appui pour structurer leur espace d’être. (Ils peuvent en passer par la haine sans y rester.)

Cette ligne de partage est souvent plus qu’une ligne, un abîme : entre ceux qui ont peur de sortir du cadre – qu’ils sont pris pour contours de leur être – et ceux qui peuvent en sortir, y revenir, le transformer ; entre ceux qui ont un besoin vital d’identité cadrée, et sans faille, quitte à la combler grâce aux cadavres des autres, et ceux qui peuvent se permettre – donc permettre aux autres – des failles identitaires dont ils savent qu’elles peuvent changer, se déplacer.” 44

“… C’est déjà bien si ceux qui vous méprisent ne passent pas à l’acte pour prouver dans le réel que leur mépris était fondé. Si ceux qui vous méprisent sont sûrs d’avoir raison, et n’ont pas besoin de justifier leur mépris, de l’inscrire, vous êtes sauvé; ou presque. …” 22

“La forme minimale du ‘racisme’, c’est de définir l’autre; la forme maximale, c’est d’en finir avec. Le deux se touchent et se nourissent de la même amertume.” 294

“Quand à prédire ce que fera un homme ou un groupe d’après ses opinions, c’est risqué. Au-delà de l’opinion, du comportement, il y a le mode d’être. Le mode d’être haineux passe à l’acte dans certaines conditions (notamment en groupe, si le chef ordonne ce passage) ; mais souvent, c’est indécidable.” 15

“Plutôt qu’en finir avec le ‘racisme’, peut-on écarter ses stigmates, faire sauter ses fixations? empêcher son coup d’arrêt? déjouer cette passion, jouer autrement de son matériau ? faire qu’un discours cesse de transmettre la peur qui l’inspire et l’horreur qui le fonde ? Plutôt de s’organiser contre le ‘racisme’, peut-on le désorganiser ? …” 124

“Il faut comprendre sous quel angle cette affaire de ‘racisme’ est sans issue, sans espoir ; oser l’aborder sous cet angle, par ce point de souffrance qui exclut bien des leurres et des attentes. Passé ce point, s’ouvrent des routes ardues, praticables, aux lisières du trop-humain, des troupes humaines…” 125

“On préconise cette ‘solution‘ contre le ‘racisme’ : que chacun – et chaque groupe – tienne à son image … mais q’il supporte celle du voisin et ne vienne pas l’asticoter. Droit à la différence, ça s’appelle … Cette solution est possible tant que l’espace de jeu est limité : ‘cultiver son jardin’ s’il est enclos … Or le problème est que les frontières vacillent; migrations de masse; les clôtures craquent; … les limites s’effacent ; les images se brassent sur le marché ; vive concurrence, haute tension d’imaginaire … Et dans ce faux contact, étincelle d’angoisse, flambée haineuse… … Le ‘racisme’ a une dimension politique ; il met en jeu le lien social. …” 136/137

“Pour certains, l’issue de l’impasse avec l’autre, c’est l’assimilation. … Les champions de l’assimlilation finissent par déchanter ; leur naïveté un peu perverse en prend un coup devant les retours en force de la différence oubliée. Car la différence, elle, n’oublie pas. … il y a toujours un reste qui échappe. … Là est le hic : on croit s’assimiler à un groupe, et l’on se retrouve assimilé à l’un des nœuds dont il est le sac. On s’assimile parfois à l’inconnu de l’autre, à ce qu’il ignore de lui-même ; à ce qu’il refoule ; et la posture bouc émissaire n’est pas très loin …” 138-141

“Certains ont l’illusion – la ‘certitude’ – qu’il faut d’abord, de toute urgence, ‘résoudre’ ces problèmes identitaires, par une identité solide, définie, cadrée, qui tienne la route, où l’on puisse se réfugier à tout moment ; tandis que d’autres font le constat, étonné ou ahuri : qu’il n’est pas besoin pour vivre d’avoir en main ‘son’ identité, qu’en un sens elle n’existe pas comme telle, sinon comme le processus de sa propre quête. … L’identité est non pas un ‘faux problème’, mais un problème ouvert, passionnément insoluble, irriguant d’autres problèmes de la vie ; que c’est une question en mouvement, où le sujet se demande non pas ce qu’est ‘vraiment’ son origine mais ce qu’il peut faire avec ; ce qu’il en fait. … Beaucoup confondent ‘perdre l’identité’ et en avoir une fragmentaire … Se dégager de ce dilemme, c’est surmonter la peur d’être sans identité – en fait, sans identité absolument définie.” 146/147

Le “‘mythe de la pureté’, c’est un fantasme de pureté ; un mythe c’est un fantasme stabilisé, habité par des foules, par des mémoires qui se le transmettent parce qu’il leur sert de point d’appui. … Ce fantasme de pureté exprime l’angoisse devant ce qui de nous-mêmes nous échappe ; angoisse et fatigue devant l’altérité: quand on en a assez de faire face aux altérations qui déferelent.” 303-305

“Dire que l’identité est un processus, c’est la penser comme un capital de départs, à partir de l’origine, d’où une pulsion d’identité opère, permettant de s’identifier à certains gestes et de s’en désintifier.

Du coup, avoir un ‘problème d’identité’, c’est mal supporter les passages à vide par où passe une identité, lorsque tantôt elle s’accroît, tantôt elle se retire sous l’effet de cette pulsion. En ce sens, le ‘raciste’ a un problème d’identité en impasse ; soluble uniquement dans une identité fermée, un retrait narcissique. … L’identité est … un processus mû par le jeu d’une pulsion identitaire (identifiant-désidentifiant) dont le mouvement est possible lorsque au départ le sujet n’est pas cloué, identifié à une situation, mais rattaché à des potentiels qui permettent de changer de lieu, … de ‘local’ psychique … Beaucoup savent ‘faire des choses’ mais n’arrivent à rien faire car ils ne peuvent s’engager dans le processus identitaire ; ils ne peuvent rien faire qui leur fasse traverser une frontière identitaire – celle du lieu, de l’institution, du groupe qui tenait lieu d’origine. …” 331-334

“Le remède-‘miracle’ qui permet ce processus de déplacement, cette capacité de compter, avec l’autre et pour l’Autre, cela s’appelle penser. … Penser, c’est pouvoir faire mouvement symboliquement, mouvement de s’exiler d’une image pour la traduire dans une autre, à travers un passage à vide. C’est faire travailler une sorte de pulsion migrante, traductrice, interprétante, qui passe par des fragments dispersés de soi-même. … Penser, c’est être capable d’accepter certaines irruptions d’étrangeté, comme des éclats d’origine, des fragments d’impensable. Car l’origine est impensable. …” 334/335

“Quand aux séries de ‘clichés’ qui ponctuent un processus identitaire, ce sont des achèvements… provisoires. Au fond, une identité est une suite de dépots identificatoires qui s’articulent dans une histoire, ou pas. Tant que l’histoire n’est pas achevée, vous êtes dans l’histoire ; quand l’identité se ferme, vous êtes hors de votre histoire. Une façon d’être hors de son histoire, c’est d’être … Identifié à un fragment de son origine. …” 336

“Comment, [le raciste], peut-il se libérer de cette peur, de cette enfermement?” 45

aus: Daniel Sibony: Le “racisme” ou la haine identitaire. Paris: Christian Bougois 1997, hier stark umgruppiert…

08/14

26/08/2014 (17:15) Schlagworte: FR,Lesebuch ::
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